Lors de la livraison, en 1957, de la première caravane TESSERAULT de mes parents, le patron se rend très disponible pour ses clients. A l'époque, une livraison rythme la vie de l'entreprise... elle est un peu un évènement dont on est fier.
Il est vrai que l'admiration des clients paye bien le chef d'entreprise et son personnel, en retour.
Certains parmi le personnel exprimeront aussi admiration et reconnaissance pour le créateur des caravanes de qualité.
Il s'agit encore d'une P.M.E. ...
Revenons aux volets en acier, sur les fenêtres latérales... que nous découvrons en détail en prenant la caravane.ils sont une grande sécurité lorsqu'on laisse la caravane isolée, ce qui fut parfois notre cas. Mais ils ne vont pas durer, et seront abandonnés au plus tard en 1959, pour être remplacés par des fenêtres à projection, de fabrication TESSERAULT... comme les verrins, par exemple... Tout ce qui peut être fait à l'usine est alors privilégié.
Faute d'avoir été accompagnée par la sangle, à l'ouverture, une fenêtre alors coulissante sera un peu cassée dans un angle, mais le restera sans gêne...
Attention aux placards hauts, Paul avait raison...
Après les premiers kilomètres, nous contrôlons si tout va bien dans la caravane, au moment où Paul TESSERAULT nous abandonne... et nous constatons que le pied d'appareil photo, dans le placard haut, est tombé sur la commode, en faisant un petit trou... Solution, un beau napperon a couvert le dessus en stratifié (très mince, sans renfort contreplaqué, pour le poids!). Et solution pour l'avenir: vérifier la fermeture des meubles.
Lorsque la caravane se trouve, pour près de trois semaines, sur le parking de la plage de Figueirinha, (voir photo plus haut), volets ouverts puisque nous ne sommes pas loin, nous découvrons une homme bien habillé, qui regarde à travers une fenêtre !
Non, il n'y avait rien à craindre... Sur un petit papier, il dressait simplement le plan de la caravane, peut-être pour s'en inspirer dans une fabrication ultérieure ?
Je ne me souviens plus très bien, mais je pense que mes parents ont dû le laisser voir de plus près l'intérieur.
Mais avant de découvrir cette plage isolée, au bout du monde, en bord de la falaise de l'Arrabida, et de nous y installer avec des amis, nous avons passé deux ou trois à 2 ou 3 kilomètres avant, près d'un ruisseau... non,... d'un fleuve !
L'après-midi du deuxième jour, nous avons vu arriver un homme pressé de nous rencontrer... En fait, nous saurons qu'il avait appris que des français étaient là, et il avait fait un long parcours pour venir à nous, malgré des problèmes de santé. Il nous a abordés en sollicitant un verre d'eau... il parlait bien le français, et il nous expliquera alors que son apprentissage avait consisté à travailler sur LE PETIT LAROUSSE... à l'apprendre par coeur !.
Nous en avons eu d'ailleurs la preuve, dans l'une de ses rares erreurs de mots. Il avait dit que les soldats portaient un petit bidet avec de l'eau, pour bidon... Au retour, vérification, ces mots étaient très proches dans le dictionnaire.
Qui dit que le séjour dans un pays étranger est nécessaire pour apprendre une langue ? Son rêve immense, à cet ami qui nous a beaucoup ému, aurait été de pouvoir venir voir la France, rien qu'à Hendaye !
Mais il y a eu comme cela cent rencontres riches d'échanges et de sympathie. Tout portugais connaissant un peu notre langue se faisait un devoir de venir nous proposer son aide, voire de nous inviter au café... Nous pouvions camper près de chez eux.
Sur le parking de la plage, désert le soir, hors notre présence, il y avait foule dans la journée.
Des cars y conduisaient les enfants des salariées de la fabrique de sardines en boites (les sardines, pas les enfants!).
Chaque enfant était saisi de force et trempé totalement dans l'eau... mais ressorti aussitôt.
Bon, un petit français du même âge se souvient avoir été pris pour un petit portugais de la troupe ! Il n'était pas content du tout, appréciant sans doute encore peu l'eau.
Mais bon, c'est ce que l'on appelle l'immersion dans un pays étranger, non ?!
Une autre fois, ce sont des caravaniers français qui viennent là une journée, sans être convaincus de venir s'installer avec nous. Ils sont bretons, comme nos amis.
Il fait ici trop chaud pour... la grand-mère qui les accompagne !
Le monde est petit, extraordinaire, et bien plus encore, comme nous l'allons voir...
Sur le parking, une vieille voiture, anciennement luxueuse, vient chaque jour ici, son propriétaire un peu âgé parle bien français... et il dit avoir habité dans ses très jeunes années à Brest.
Mais notre grand-mère courageuse, à qui nous évoquons la présence de cet homme communicatif, le voit....
Il boite, suite d'un accident... dit-il.
Mais la grand-mère reconnait en lui... un camarade de classe, qui boitait de naissance !
Moralité, où que l'on soit, même à l'étranger et au bout du monde, on n'a pas intérêt à mentir !
Il y a mille anecdotes, pas toutes à raconter, qui ont fait de cette découverte du Portugal le temps le plus fort de toutes les vacances passées avec mes parents. Ce sont les plus beaux souvenirs, accompagnés d'une famille qui était avec nous, et qui a aussi marqué ce séjour par ses idées et son amitié.
Mais n'oublions pas que sans la caravane TESSERAULT, isolée d'origine, nous n'aurions peut-être pas vécu aussi bien ce voyage !
C'est au point qu'après ce deuxième Eté de caravaniers, mes parents décident qu'un compartiment toilette, pour des raisons propres (si j'ose dire) à notre séjour là, devient une nécessité. La réflexion durera jusqu'à la fin des vacances suivantes.
En 1959, nous rentrons de Paris en faisant un détour par Poitiers... et nous allons au Faubourg du Pont Neuf, à l'usine. Mais nous apprenons qu'il faut aller à Rocfer, commune de Saint-Benoît, où a commencé la nouvelle usine ! Nous découvrons un atelier opérationnel en partie, les caisses étant encore soudées à Poitiers...
L'espace est grand, malgré deux ou trois caravanes dans le hall central ouvert, quasi finies et prêtes à livrer (dont une superbe 5m rouge, pour des gens du voyage...) et nous entrons directement dans la cour du fond.
Mais il s'agit encore d'une ébauche de la nouvelle usine. Au fond, à droite, il n'y a guère que l'atelier peinture, le reste est ouvert aux quatre vents.
La négociation se passe bien: Paul Tesserault reprendra la 3m20 et nous fabriquera le modèle souhaité, avec les rideaux et coussins choisis, le sol en TAPIFLEX, si je me souviens bien, et non plus en GERFLEX marbré rosé, le stratifié qui nous a plu, comme la couleur de l'évier et du lavabo, où nous avons évité le noir qui semblait plaire au constructeur...
Paul Tesserault aurait bien souhaité garder à la fin de nos vacances la 3m 20, pour la préparer à la revente (vous savez.. la vitre et le dessus de commode !), mais elle contient trop d'affaires, qui ne rentreraient pas avec nous dans la 403. Nous repartons donc avec elle.
Après réflexion, nous ferons ensuite un courrier pour ajouter un double plancher isolé, et le freinage HYDRAKUP, d'origine allemande, et distribué en France par les Caravanes NOTIN.
A la livraison, il faudra modifier l'attelage en conséquence, avec une prise pour le piston hydraulique côté voiture.
La 403, cette fois-ci, se place facilement sur le pont mobile qui est placé près de l'entrée. Jesus est là.
Bon, c'est avec émotion et sympathie que j'évoque cet homme !
Il s'occupait entre autres des attelages, du pont... et nous l'avons vu descendre un peu brutalement mais sans danger, sur un madrier qui n'a pas résisté à son poids... Nous avons eu peur pour lui. Il était très sympathique.
Lorsque, en 1979, j'ai pris livraison de ma 310 LIBERTE, j'ai évoqué cette personne... qui était toujours là, m'a-t-on dit, mais dans un autre service (contrôle des finitions, non ?) Il faut dire que le salarié était un peu étonné de voir que je le connaissais... 20 ans après !
Mais ce n'est pas fini avec la livraison de la nouvelle 3m60....
Attelée et au moment de partir, mon père tourne un peu trop "sec", et la remorque basse, et donc invisible, qui transportaient les débris divers, fabriquée bien sûr par l'usine, heurte le côté de la caravane, en laissant sa trace de façon marquée.
Il est hors de question de partir ainsi ! Paul TESSERAULT "oblige" notre caravane à retourner à l'atelier de peinture, où l'enduit nécessaire et une peinture conforme cachera la petite blessure.
Ce n'est pas le tout, mais cela nous a mis un peu en retard. Une dernière photo, avec le Kodak Brownie Flash, de la 320 abandonnée... et une ou deux photos dans l'usine, sous le préau...
Au moment de partir, le frein ne répond pas correctement... l'huile a pris des vacances.... par une fuite de la tubulure, sur la voiture !
Heureusement, c'est au ralenti, dans le hall, que mon père s'en aperçoit, avant d'atteler...
Le directeur de l'usine, avec sa 203 noir (je suis désolé pour son nom qui me manque) a accompagné au ralenti mon père, qui utilisait au mieux le frein moteur et le frein à main, jusqu'au garage Peugeot, où la réparation sera faite sans problème.
Etait-ce une bonne idée que ce super-freinage HYDRAKUP ? Je n'en suis pas si sûr... car le frein à inertie était alors supprimé, on n'avait donc plus cette solution en secours. En fait, il eût été sage de garder les deux, par précaution.
Au détour d'une longue descente de montagne, l'un des tuyaux noirs s'est percé (à l'époque, il y en avait encore deux), et les freins ont paru diablement insuffisants, d'où un arrêt d'urgence !
Trente ans après, je suis repassé là, et je me suis écrié, "c'est là que l'on était en panne ! " Quelle mémoire, n'est-ce pas ? Et c'était bien là !
Mais un garage proche a dû réparer, je n'ai pas souvenir de grosses difficultés..
Comme je m'occupais de la maintenance et de la préparation de la caravane, j'ai longtemps pesté contre une erreur de commande que nous aurions pu éviter.
Si la 3m20 n'avait pas de crochets d'auvent, celle-ci en avait, alors que nous n'en voulions pas. Ces espèces de crochets un peu pointus étaient redoutables pour la grosse éponge et pour mes doigts, lors du lavage... Mais, à la livraison, il était trop tard... Nous n'avons jamais utilisé ces crochets...
Avec la caravane était fourni un marche-pied carré, en bois, fait à la menuiserie de l'usine, bien pratique mais un peu encombrant dans le transport, en général à l'entrée de la caravane.
Une autre saison, nous repasserons à l'usine, pour voir les modèles, et faire poser un marche-pied pliant escamotable, pratique et me semblant de fabrication TESSERAULT... Cela ne valait-il pas le voyage ?
Et dire que j'avais réussi à convaincre mes parents !
Lorsqu'une DS 19 CITROEN a remplacé la 403, il fallut faire poser l'attelage... et les concessionnaires locaux ne m'inspirant pas confiance, j'ai poussé mes parents à demander le prix sollicité par l'usine... Il valait la peine de faire environ 400 km pour cela, accompagnés de la tente SIP, pour dormir tout de même une nuit dans un camp, sur les hauteurs... Et puis, cela me permettait de revoir l'usine et son évolution, ce qui me fascinait...
Difficile de la reconnaître,... tous les espaces couverts étant maintenant fermés, avec de grandes doubles portes pour sortir les caravanes, et un ou deux longs hangars de plus !.
Lors de la livraison de la 3m60 à Rocfer, nous avions été amusés d'être le soir, sous un des hangars, les gardiens de l'usine, ouverte à tous vents, avec une famille de forains qui prenaient aussi livraison. Paul Tesserault nous avait en effet proposé de dormir là, pour ne pas aller dans un camp.
C'est avec un plaisir immense que je pouvais voir les caravanes rangées là, finies ou en cours de fabrication.
Le lendemain au matin, nous sommes salués par le constructeur, et nous bavarderons un moment. Paul TESSERAULT, regardant son usine d'un regard large, nous dit avec une certaine amertume: "qu'est-ce que cela deviendra ?", exprimant le fait qu'il n'avait pas de descendant mâle susceptible de continuer l' oeuvre si bien commencée.
C' est peut-être là que m'est venue l'envie de me consacrer à cette même passion....