En 1970, je dois descendre un dériveur à La Rochelle, depuis Paris.
La route est, bien entendu, la Nationale 10...
L'autoroute serait d'une piètre utilité pour une Méhari tirant la remorque... la vitesse n'était pas l'objectif.
Je sais vaguement que Paul TESSERAULT a commencé à construire de nouveaux bâtiments, qu'ils sont en bordure de la Nationale 10 et, sur mon chemin - sur ma route - je découvre un début de construction, un grand hangar encore ouvert sur la route, qui abrite des caravanes exposées, et un bureau, si je me souviens bien.
Ce sont là les prémices de la future usine, après Rocfer !
Il faudra un peu de temps pour que tout soit construit, et que, de l'autoroute, on puisse voir hangars et caravanes en passant furtivement sur la voie Poitiers - Paris.
Que pensez-vous que je vais faire, en arrivant devant cette exposition ?
Qui ose poser la question ?
Je m'arrête, bien sûr... mais la Méhari tracte le bateau, la boule n'est pas disponible pour une caravane.
J'admire cependant la 310 légère, première formule, puisqu'elle est présentée en 2 places, avec vrai cabinet de toilette à l'arrière. L'idée de retrouver une deux places est tentante...
J'apprécie les étagères supérieures, avant et arrière, en tôle blanche et en arrondi, pratique et très légères... (voir plus haut l'avis de Paul Tesserault sur le poids en hauteur !)
C'est un peu là que je découvre l'évolution de la structure. J'ai du mal à imaginer que l'acier soit abandonné pour la caisse... même si le bois n'est pas étranger au travail d'un carrossier !
Le prix me serait presque abordable: j'ai la tractrice à ma disposition, la 403 (8) que l'on connait, qui a été conservée pour les enfants ...
Mais, à ce moment-là, je me concentre sur le commerce des dériveurs allemands et, accessoirement, sur les études... même si, à l'origine, l'industrie de la caravane m'attirait plus que les bateaux !
En fait, l'un était devenu un support pour pouvoir aborder l'autre... la caravane restant l'objectif final...
J'ai rencontré un autre constructeur allemand de bateaux habitables, avec lequel j'ai travaillé un temps.
Surprise de constater, en échangeant des idées, que nous avions parfois les mêmes, certaines particulièrement originales !
Autre surprise en apprenant que les deux frères patrons de ce chantier devaient, en fait, s'orienter à l'origine vers la fabrication d'une caravane en plastique, dont le prototype avait été réalisé !
Ils reviendront, en plus des bateaux, vers la fabrication de campings-cars ... Il était étonnant de rencontrer un intérêt tellement identique !
Deux ou trois ans plus tard, nous repasserons à Poitiers avec la caravane et la DS, en profitant pour une réparation (soudure) sur l'attache voiture.
Nous découvrirons alors l'avancée de la nouvelle usine, maintenant complète et autonome.
Nous avons du mal à nous retrouver dans cet espace modifié. Mais nous finissons par repérer le chemin qui conduit aux ponts permettant la pose des attelages. En face, un bâtiment renferme essentiellement des bureaux, où nous nous rendons.
Je suis heureux d'admirer cette évolution... mais, comme à Rocfer, j'aurais bien aimé me replonger dans l'ambiance de la fabrication... il n' y a plus la même accessibilité. Mais j'aurais peut-être dû demander...
Comment comprendre, en effet, tout mon intérêt pour la caravane en général et toute mon admiration pour Paul TESSERAULT ?
Lors d'un salon, vers les années 1970, j'avais eu l'occasion et le plaisir de rester un moment sur le stand TESSERAULT, pour en admirer l'évolution. Cela m'avait permis de saluer le créateur... mais je ne lui ai pas demandé s'il voulait embaucher un jeune étudiant... même si une telle reconversion n'était pas pour étonner mes parents...
J'ai évoqué les deux caravanes de mes parents, notre attachement à la marque et exprimé ainsi mon admiration. J'étais très content de pouvoir rencontrer ainsi, une autre fois, Paul Tesserault.
Mais je me posais la question: comment devait-il réagir à l'évolution vers le bois et vers plus de légèreté des modèles alors construits ? Je le connaissais trop pour imaginer sa pleine acceptation.
Pour lui, une caravane à structure bois ne devait pas être une carrosserie suffisante...
Mais ce doute sera vite levé, lorsque je verrai la qualité et l'épaisseur de la tôle d'aluminium qui sera choisie dès l'apparition des modèles de la série "légère", simplifiés, certes, mais dont la caisse était identique aux autres modèles.
Et puis, les assez grosses ondulations lui donnent une rigidité supplémentaire... et un charme caractéristique et personnel... On reconnait une TESSERAULT entre mille.
Bon, il y a aussi un autre souci... c'est la forme qui devient droite, malgré la longue tradition d'un arrondi sympathique et esthétique... La charme de la ligne n'est plus le même. Mais cette ligne droite est apparue déjà avec la série encore en acier, avec les petites ondulations jumelées en bas de caisse, et une couleur encore bien beige. Les plus grosses ondulations donneront plus de classe à la ligne, cependant, avec le bon raccordement de chaque ondulation dans les angles... et la parfaite continuité, preuve du savoir-faire du personnel TESSERAULT !
Mais chaque entreprise a ses qualités et ... ses problèmes. Je me rappelle à cet instant que, lorsque nous étions venus chercher la 3m 60, il régnait une certaine agitation parmi une partie du personnel de l'usine... sans doute liée à des revendications de salaire.
En attendant et en nous promenant vers l'entrée de Rocfer, nous avons alors reçu un tract expliquant le problème au personnel... Nous n'en sommes pas, nous le prenons quand même, et ce tract est resté quelque part dans mes archives...
Bien sûr, il s'agit d'une revendication, mais nous n'en saurons pas plus, et rien ne perturbera la livraison de notre nouvelle caravane.
TESSERAULT saura ainsi devenir, pendant un temps, le quatrième constructeur français...
Bien sûr, l'abandon de la structure de coque en acier n'est pas exclusive à TESSERAULT.
Dans les années 60, l'acier était roi... parallèlement au choix du bois, pour des constructeurs visant plus léger...
Peut-on récapituler ces constructeurs qui ont conçu des carcasses en "acier" ?
TESSERAULT, bien sûr...
DIGUE, ANTEM, EDEN ROC, TRAELER, STERCKEMAN, ARMOR, LAGNEAU, VEDETTE/GRUAU,
ACC (structure originale), LAIR,
Paradoxalement, une seule marque de la bande des quatre (Bourreau/Sologne, Lemarié/Escargot, Hénon, Notin) a choisi une strucure métallique...: ESCARGOT.
Mais, dès ces années 60, la tentation d'une caisse en fibre de verre, armée de polyester, a été aussi assez représentée, bien que le gain de poids présupposé ne se soit pas toujours trouvé au rendez-vous:
RIVASTELLA, MABILLE-EUROPA, RIVIERA, HENON, CHOLLET,
MAILLEt ("Eric")...
et puis, l'utilisation d'un toit en polyester, pour des raisons d'étanchéité et de simplicité, a été une tendance représentée surtout chez les fabricants de pliantes, mais non exclusivement (ACC, Val de Loire).
Ces évolutions étaient-elles nécessaires ?
Il y a un constructeur... français, puisque son usine est en Alsace, ERIBA, (groupe allemand HYMER) qui continue la tradition de la structure en acier, et qui s'en porte très bien, avec environ 2 000 caravanes fabriquées par an ! Il y ajoute, dans la tradition évoquée plus haut... un toit en polyester !
La tenue dans le temps d'une caravane à structure acier est sans doute supérieure: elle garde mieux sa rigidité.
J'ai dans mes cartons, depuis plus de trente ans, un dessin original, que je voulais réaliser... et qui n'a pas son semblable depuis. Souvent, les grandes inventions ne sont pas le fruit d'un seul homme, l'idée plane dans l'air...
La tentation de réaliser ce projet a été forte... soldée un peu tôt par la fabrication de "La Puce" pliante... 2 cv oblige !
Elle verra sans doute le jour... il suffit d'un peu de temps et de patience.
Et je pense qu'il sera utile, pour des raisons techniques, de revenir à la carcasse en acier... le toit étant en polyester, sans doute...
Les essais pour créer sur le papier une gamme de tailles autour de ce modèle ne m'ont pas paru convaincants, et surtout pas nécessaires, les qualités originales de ce modèle semblant convenir à 4 personnes..
Il est plus facile de ne pas multiplier, à la fabrication, les éléments différents qui concourent à la réalisation d'une caravane. Alors, ce sera comme chez FORD, avec la FORD T ..! un modèle, un seul, d'environ 3m60.
J'ignore si, dans ce programme, un modèle dépouillé aurait sa justification.
Mais, pour les caravanes comme pour les voitures, j'en ai un peu assez de la course aux équipements !
En 1957, la 403 PEUGEOT coutait environ 7000 NF, la caravane TESSERAULT de 3 m 20 aussi...
Je constate que les caravanes qui, en 2008, valent moins de 10 000 ¤ sont assez rares. On peut donc tabler sur ce seuil de prix pour un modèle courant. Quelle voiture est à ce prix, si l'on veut garder la proportion (similitude) de prix de 1957 ? La LOGAN est tout de même bien en-dessous, et c'est un peu l'équivalent, en plus moderne et équipé, de la 403...
Il n'y a donc pas eu de véritable rupture de prix, à travers la fabrication de masse !
La supposée industrialisation de l'industrie de la caravane n'a peut-être pas apporté que des bénéfices. Le cout d'une structure lourde est peut-être supérieur et handicape plus... Une petite structure n'est-elle pas plus souple, plus réactive, plus adaptable aux besoins du client ?
L'écart se creuse peut-être si, en montant dans la gamme de caravanes, on a la voiture plus puissante qui doit aller avec: l'écart peut alors être plus fort, au bénéfice de la caravane... mais, pour ceux qui veulent aborder la caravaning, avec moins de moyens, il n'y a pas une situation plus favorable maintenant, sinon à travers l'occasion, puisque l'offre est très forte maintenant.